Abidjan, les sachets plastiques se maintiennent au pouvoir !

« Y a de l’eau hein, de l’eau glacé ici hein ; de l’eau bien glacée sucrée ici hein », peut-on entendre au rond-point de la mairie d’Abobo, au sud d’AbidjanUne vendeuse d'eau en sachet plastique au rond-point Anandor, dans la commune d'Abobo/ Jeff Amann

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A Abidjan, et partout ailleurs en Côte d’Ivoire, les sachets plastiques se maintiennent au pouvoir. Décret d’interdiction, délai de reconversion, mesures de répression, tout y est passé, mais les sachets plastiques sont là, bel et bien là, et peut-être pour bien longtemps encore.

En effet, en dépit du décret 2013-327 du 13 mai 2013 portant interdiction de la production, de l’importation, de la commercialisation, de la détention, de l’utilisation des sachets plastiques ;  et de l’opération coup de poings de la ministre Anne Désirée Ouloto, à travers la Brigade de Salubrité de l’Agence Nationale de la Salubrité Urbaine (Anasur), les sachets plastiques abondent dans les rues, souillent la mer et polluent l’environnement de la ville d’Abidjan.

Fabriqués par les usines, les sachets plastiques sont ventilés le marché d’Abidjan sous formes de sachets d’emballages dans les boutiques, distribués en bobine aux producteurs d’eau en sachet plastique et déversés dans les gares, les rues par les populations après les avoir achetés auprès des vendeuses à la criée.

« Y a de l’eau hein, de l’eau glacée ici hein ; de l’eau bien glacée sucrée ici hein », peut-on entendre au rond-point de la mairie d’Abobo, au sud d’Abidjan,  où une vendeuse ambulante par cette gradation, exalte la teneur surréaliste de son eau en sachet plastique sous invocation de Anders Celsius, question d’appâter les passants assoiffés, la gorge desséchée par un soleil de plomb.

Affoué s’est déjà lancé dans une course effrénée, se faufilant entre les véhicules, sachets d’eau dans les mains, pour arracher un client chauffeur de taxi, des griffes de ses concourantes.

Des vendeuses d’eau en sachet à Abidjan, Cocody carrefour la vie/ Jeff Amann

Elles sont vues, la pratique en rependue et la chaîne connue de tous partout en Abidjan. Mais les sachets plastiques ont la carapace dure ; les habitudes des acteurs tenaces.

« Mon frère, c’est l’eau en sachet plastique que je vends depuis que je suis à Abidjan. C’est pas une affaire de mainan [maintenant, ndlr]. Donc là là, mon frère, ils n’ont qu’à nous excuser », se défend, sous fond de plaidoyer, une vendeuse dans la commune de Cocody, au carrefour la vie.

A la question de savoir comment elle se prend face aux agents de l’Anasur qui mènent la répression ordonnée par la ministre de la Salubrité, de l’Environnement et du Développement Durable, Anne Désirée Ouloto, la réponse de la fougueuse vendeuse d’eau en sachet plastique est courte et des plus ambiguës.

« On est avec eux », lance-t-elle. « On est avec eux », une allusion à la relation ‘‘idyllique’’ entre chat et la souris ou « On est avec eux », une affirmation à demi-mot d’une connivence sous-jacente de corruption entre vendeuses et agents ? Impossible de le savoir.

Affoué s’est déjà lancé dans une course effrénée, se faufilant entre les véhicules, sachets d’eau dans les mains,  pour arracher un client chauffeur de taxi, des griffes de ses concourantes. Ces scènes se répètent au quotidien à tous les carrefours des grandes artères d’Abidjan – le temps d’un feu rouge –  dans les gares routières à Adjamé, les marchés à Marcory, les lieux de rassemblement à Yopougon, (…), jeunes filles et mères de familles se livrent un combat féroce pour écouler leur marchandise : les sachets d’eau !

C’est un business très lucratif (100 voire 150% de bénéfices !) qui nourrit certainement des milliers de personnes ; des fabricants de sachets plastiques aux producteurs de sachets d’eau, avec en aval ces vendeurs sur tout le long du boulevard Latrille (Cococdy), ces vendeuses au grand carrefour de Koumassi. Subséquemment, c’est une filière bien ancrée et de loin l’une des plus polluantes de la ville d’Abidjan.

« 90 000 sachets d’eau », le chiffre livré à l’opinion à l’issue de la première semaine de répression par la ministre Anne Désirée Ouloto lors d’une conférence de presse à con cabinet à Cocody. Toute parallèle faite, on devine aisément la quantité de sachets plastiques jetés dans les rues d’Abidjan.

Alors «12 machines de fabrication d’eau ensachée » saisies, huit usines de fabrication de sachets d’eau fermées, cinq véhicules en fourrière et treize interpellations en début d’opérations, on est loin du compte pour espérer ‘‘couper la source de production’’.

Les chiffres ont peut-être grossi depuis la mi-mars, mais il faut encore accélérer la cadence de la répression, faire un véritable travail de fourmis, car là dehors, il pleut à verse des tonnes de sachets plastiques au quotidien; et c’est l’image de la ville d’Abidjan, capitale économique de Côte d’Ivoire, qui en pâtit.

A lire : Côte d’Ivoire : Abobo ne fait rien avec le ‘‘grand ménage’’ de A.D.O

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Quelques images de vendeuses d’eau en sachet plastique

Les sachets plastiques abondent dans les rues, souillent la mer et polluent l’environnement d’Abidjan.

Sachets plastiques jonchent la chaussée au rond-point de la mairie d’Abobo/ Jeff Amann

 

les sachets plastiques abondent dans les rues, souillent la mer et polluent l’environnement d’Abidjan.

Deux vendeuses d’eau en sachet plastique sur la voie Mairie – Sans manquer, Abobo/Jeff Amann

 

jeunes filles et mères de familles se livrent un combat féroce pour écouler leur marchandise : les sachets d’eau !

Une femme, vendeuse d’eau en sachet plastique, sur le boulevard Nangui Abrogoua, Abobo/ Jeff Amann

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