Les “Microbes”, une quadrature du cercle pour le gouvernement ivoirien

Les “Microbes”, une quadrature du cercle pour le gouvernement ivoirienLe gouvernement ivoirien lors d'un conseil des ministres présidé par Alassane Ouattara

Sharing is caring!

Les “Microbes” ! Ils sont les auteurs d’une extrême violence ; Abidjan, leur principal théâtre d’actions. Entre velléité du gouvernement d’endiguer le phénomène et populations terrifiées, la spirale de violence continue ; sur les bords de la lagune Ébrié, la révolte couve.

Les populations d’Abidjan sont prises en otage ces derniers temps par des “Microbes” de type ivoirien. Ils se déplacent en groupe, volent, agressent et tuent  à l’arme blanche dans les rues, principalement dans les quartiers populaires d’Abobo et de Yopougon. Femme, homme ; étudiant, commerçant ; infirmier, policier, tout le monde y passe. Sans distinction, les  microbes arrachent bijoux, argent, téléphones ; blessent et tuent parfois ceux qui leurs résistent.

Des “enfants en conflit avec la loi ”. Tu parles ! Le phénomène est hideux à un tel point que l’on lui trouve des palliatifs sémantiques pour l’enjoliver, à défaut de l’éradiquer. Mais cette terminologie n’aura rien changé aux pratiques mortifères des “Microbes” qui ne comprennent rien en la sémantique. Non, croyez-moi, ils n’ont jamais étudié la linguistique. Alors, au-delà de la solution de glissement sémantique, le phénomène va grandissant ; car la motivation des“Microbes” est loin d’être académique, savante, élitiste.

Un policier, garant de l’ordre public, en a fait les frais. Froidement égorgé du côté de Yopougon par des enfants délinquants, aujourd’hui dits en conflit avec la loi. L’image est frappante, le symbole saisissant. Il faut sortir des approches théoriques et hautement linguistiques pour une démarche plus pragmatique. Oui, des actions concrètes qui rassurent cette population dépitée qui murmure sa colère.

Microbes, mot clé d’un ras-le-bol sur Facebook

Facebook est devenu le lieu d’expression et de décrispation des populations ivoiriennes, rongées par la colère, face à l’impuissance du gouvernement au phénomène des “Microbes”. Les messages qui accompagnent les hashtags #Microbes, #CivMicrobes ou #YenAmarreDesMicrobes témoignent de l’état d’esprit des abidjanais aujourd’hui. Alertes, promesse de vengeance et questionnement sur le phénomène se succèdent, seconde après seconde, dans les fils d’actualité (time line) des internautes.

Le 10 septembre aux environs de 19h, Fédéric Goré Bi, journaliste – blogueur, annonce sur son mur l’agression de son petit frère. Le forfait est imputable aux “Microbes”. Des menaces de rébellion transparaissent clairement dans la publication qui se termine en dialecte, si jamais la victime, passait de vie à trépas. Le lendemain matin, 9 heures, une publication similaire.

Des menaces de rébellion transparaissent clairement dans la publication, si jamais la victime, son frère, passait de vie à trépas. Le lendemain matin, 9 heures, une publication similaire.

                                               Capture d’écran

Les commentaires qui fusent les minutes après ces publications, sont tous aussi virulents que la teneur des posts ainsi que des mis en cause. A propre comme au figuré.

« Mon frère si tu as besoin de soutien, je suis là… Y’en a marre de ces clébards de merde… Tchrrrrrrr… Wa non a gnrin (cherche pas traduction de ça là) », Particia Marie Pio.

« Après houphouet ces guei qui avait redressé les délinquants et loubards à ce rythme il serait mieux que les militaires et autres soi autorisé à nettoyage. Des batar qui tu policier et menacent les populations en plein midi pendant nos autorisé parlent que politique. .Ces microbes doivent faire objet d un conseil de ministre », Depamphile Serybi.

« Sérieusement ont doit éradiquer ces virus. On en peut plus. On ne plus mettre sa tête dehors sans se demander si on sera sauvagement agressé par ces choses. Vue que maintenant ils n’attendent plus les nuits ou tôt le matin. Sérieusement le Cecos me mank, CCDO là se promène dans leur cargo noir à ne rien foutre. Ils faut qu’ils descendent dans les quartiers pour faire un vrai travail. Et l’Etat ne fout rien. », Mafé Dosso. Bref !

Le même jour, Nanan Ekanza IV, web-activiste politique proche du FPI version Pascal Affi N’GUESSAN, dénonce une n ième sortie des “Microbes”, avec à la clé un mort, non sans s’interroger.

« Qui donc derrière les microbes monsieur le ministre de la sécurité ? ». (Nous y reviendrons).

Le même jour, Nanan Ekanza IV, web-activiste politique proche du FPI version Pascal Affi N’GUESSAN, dénonce une n ième sortie des “Microbes”, avec à la clé un mort, non sans s’interroger.

                                Capture d’écran

Quant à Liliane, également journaliste – blogueuse, elle tire la sonnette d’alarme à propos de l’ampleur du phénomène “Microbes”.

« Si rien n’est fait, je crois que cette histoire de « microbes » finira comme celle d’un certain GPP à Yopougon -Niangon-Azito il y a dix années en arrière ».

D’autres plus enclin à la foi, en appelle « au sang de Jésus » et implore la faveur de Dieu sur leur vie et pour la protection de leurs proches. La détresse est là, palpable. Les populations apeurées et exaspérées, souffrent le martyrs en se remémorant cette phrase d’une chanson zouglou qui dit « Jésus revient mais en attendant, on fait quoi ? ».

D’autres plus enclin à la foi, en appelle « au sang de Jésus » et à la faveur de Dieu sur leur vie et pour la protection de leurs proches.

                                                Capture d’écran

Un kangourou sur un trampoline

Les premières flambées de violences menées par les “Microbes” ont conduit les différents gouvernements successifs de Alassane Ouattara a initié des actions en vue de l’éradication du phénomène.

Des opérations dites de « grande envergure », à la suite desquelles avait affirmé en Aôut 2014 le commissaire du district d’Abobo, Timité Vassindou, « nous avons éliminé les microbes ». Il en était rien en réalité. Rien, nada ! Trois ans après, l’on assiste à une résurgence du phénomène avec une recrudescence de la violence. En réponse, des opérations baptisées “Épervier” se sont à nouveau multipliées. Annoncées en fanfare, elles s’avèrent toutes aussi inefficaces qu’inutiles, comme un kangourou sur un trampoline.

Des « opérations vuvuzelas », des patrouilles tape-à-l’œil qui n’aboutissent qu’à quelques arrestations d’enfants dans les rues, des “Microbes” supposés. Les vrais “Microbes” s’étant déjà terrés. Mais où ? Certainement chez leurs parrains.

A cet effet le Commissaire Youssouf Kouyaté, actuel commandant du CCDO (Centre de commandement des décisions opérationnelles ) avait affirmé dans le temps sur un ton accusateur « Quelqu’un profite des fruits de cette délinquance». Un aveu d’impuissance qui nous ramène à la question Nanan Ekanza IV sur Facebook. « Qui donc derrière les microbes monsieur le ministre de la sécurité ? ».

 

A l’origine du phénomène des “Microbes 

Une résurgence du phénomène des “Microbes”  que connaît la Côte d’Ivoire a eu son premier pic de violence en 2014. Le grand public découvrait, ébahi, des enfants mineurs (9 – 18 ans, à peine) regroupés en gang, avec pour mission de voler et agresser les populations ivoiriennes à l’arme blanche pour la satisfaction de leurs besoins primaires.

La même année, l’opinion apprenait un peu plus sur l’origine du phénomène, nouveau en terre d’éburnie, grâce aux révélations l’Imam Diaby Almamy de la mosquée Ifpg au Plateau, guide religieux, collaborateur de l’Opération des nations unies en Côte d’Ivoire, Onuci, et président de l’Ong “Nouvelle Vision contre la pauvreté’’, en ces termes.

« …C’est une affaire qui concerne trois types d’enfants. Il y a celui des ex-combattants, celui des enfants qui ont servi d’indicateurs pendant la crise et ceux qui ont intégré ces groupes juste par suivisme. Mais, le fond du problème est purement politique. Le politique a utilisé ces enfants pendant les heures chaudes où il fallait trouver le moyen de faire partir le président Laurent Gbagbo. Et, une partie de ces enfants brûlaient les pneus, participaient aux opérations ville morte. Ils paralysaient tout le système dans les communes d’Adjamé, d’Abobo et d’Attécoubé. Aujourd’hui, ils ont vu que la situation s’est normalisée. Et, ceux qui les mettaient dans la rue sont aujourd’hui à l’aise pendant qu’eux souffrent. C’est l’une des parties du problème. Il y a aussi le cas des ex-combattants. Des enfants se sont battus avec eux pendant la crise. Ils avaient entre 18 et 25 ans. Et maintenant qu’on doit s’occuper d’eux, on leur dit qu’ils ne savent ni lire, ni écrire. Ils ont donc décidé de constituer un bloc à Attécoubé. Des gens bien connus aujourd’hui, qui ont participé à la rébellion, aujourd’hui des hauts gradés, manipulent ces enfants. Quand ces enfants prennent des portables, des bijoux de valeur, ils viennent les remettre à ces soi-disant chefs. La plupart de ces enfants sont des ressortissants des pays voisins. ..Tous ceux-là sont soutenus par des chefs de guerre ». Vlan ! Mais pourquoi diantre allons-nous de tergiversations en tergiversations depuis ces trois longues années de terreur ?

Le gouvernement ivoirien a annoncé mercredi 6 septembre, la tenue d’un conseil national de sécurité ce jeudi à Abidjan, déplorant des agressions perpétrées par les “Microbes”. L’ultime souhait des populations, une prise des enquêtes efficaces comme celles qui ont permis, aussi rapidement, d’identifier les auteurs de la vague d’attaques de leurs positions des forces de défense et de sécurité ivoiriennes depuis fin juillet, pour éliminer à jamais ce phénomène à la racine. C’est le vœu pieux des populations, qui dans la faim, aspirent à la quiétude !

 

 

Sharing is caring!

1 Commentaire

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *