Découvrez le billet qui m’a permis de rejoindre Mondoblog

Des bénévoles à la base dépourvus de formation pédagogique, qui ne doivent leur qualification professionnelle actuelle qu’à la pratique et surtout au précieux coaching de leur premier responsable.Les élèves de Epp Bananikro / Jeff Amann - Enfants d'Afrique

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‘‘Bonjour à toutes et à tous,

Après avoir lu et relu l’ensemble des 630 candidatures reçues cette année, l’équipe de l’Atelier des médias souhaite vous féliciter :

Vous avez été sélectionné(e) pour intégrer Mondoblog ! Bravo !’’

Vous l’aurez compris, tel est l’en-tête du message reçu par voie électronique le 27 avril 2017 de l’équipe et qui annonçait mon intégration à la grande famille Mondoblog. Un article en était à l’origine. Je vous le publie à l’occasion de la date anniversaire et en souvenir des choses que nous avons accomplies à partir de cet article de blog.

A propos, ce même billet a permis de créer une campagne de financement participatif après sa publication sur la page Facebook de Enfants d’Afrique et initié le ‘Projet d’aide à l’éducation des enfants des familles défavorisées de la Riviera palmeraie – Epp bananikro’.

Grâce à cette initiative, des dons de personnes individuelles et d’organisations non gouvernementales ont permis d’offrir une fête de fin d’année, des kits scolaires, des chaises et des produits d’entretien à plus de 160 élèves de Epp Bananikro.

Aujourd’hui encore, cette école est presqu’un lieu de pèlerinage pour tous ceux qui s’intéressent à la question de l’éducation et à la cause communautaire. Une petite fierté pour nous. Bref, lisez le reportage !

 

Côte d’Ivoire : découverte d’une école atypique au cœur d’un quartier résidentiel abidjanais

Abidjan, capitale ivoirienne, le quartier appelé Riviera palmeraie. A quelques encablures du carrefour Maci Canada de la célèbre rue Ministre, une cloche retentit. La minute d’après, des cris perçants d’enfants fendent le silence assourdissant et font disparaître instantanément le calme habituel de cette ruelle paisible.

D’où proviennent ces cris d’enfants dans ce quartier presque désert en ce jour ouvré ? L’interrogation est totale, la curiosité papable, le regard hasardeux, inquisiteur !

Un premier indice. Le drapeau tricolore, l’emblème de la Côte d’Ivoire, orange-blanc-vert, hissé sur un mât de bambou, flotte aux quatre vents, rivalisant d’ardeur avec les feuilles de manguiers et bananiers qui voltigent également à vive allure.

A mesure qu’on s’en approche, la clameur se fait de plus en plus précise. Tout d’un coup, un autre cri. Cette fois, d’un autre timbre : grave et menaçant, une interpellation !

« Monsieur Koré. Monsieur Koré. Rétablissez de l’ordre parmi les enfants et faites les entrer en classe !», martèle une voix.
Nul doute, c’est une école. Le mot classe, un deuxième indice on ne peut plus clair, sonne le glas du mystère, mais ne dissipe pas pour la curiosité. Au contraire, il l’aiguise davantage. L’intrigue demeure entière. Il faut franchir la porte pour assouvir ce désir brulant et tenace. Plus qu’un pas. Ça y est, c’est fait.

 

Derrière la porte crise solidement ancrée dans un amas de briques noirâtres qui fait office de mur et de clôture, le tableau est éloquent. Les

Unique porte d’entrée er de sortie de Epp Bananikro / Jeff Amann – Enfants d’Afrique

 

Derrière la porte crise solidement ancrée dans un amas de briques noirâtres qui fait office de mur et de clôture, le tableau est éloquent. Les élèves, reconnaissables à leurs tenues couleur kaki pour les garçons et bleu-blanc carrelée pour les filles, tournent leurs regards vers l’unique entrée et sortie de l’enceinte. Le mouvement est synchronisé, l’image saisissante ; unique ! Les adultes ne sont pas en reste. Mais ils s’empressent de regagner les baraques qui leur servent de salles de classes. Ils ne peuvent se permettre d’ignorer l’injonction de Hamed Sidibé, le fondateur et directeur de l’école, mettant ainsi un terme à la récréation.

Dans cette cour d’école à valeur de basse-cour, coqs et poules se précipitent à leur tour dans l’arène à peine désertée par les enfants pour picorer activement les miettes de nourriture laissées par ceux-ci. D’autres, certainement plus timides, préfèrent remuer la terre humide sous les fleurs pour dénicher des insectes et s’en délecter à l’ombre des arbres au feuillage luxuriant. Cet ombrage profite également à Hamed Sidibé qui explique cette initiative bénévole depuis sa « tour de contrôle », un bureau de fortune en plein air.

A lire aussi : « Éducation en Côte d’Ivoire : Dr. Gnapia apporte son soutien à Epp Bananikro »

« J’ai démarré cette école par le bouche à oreille. C’est du bénévolat. J’ai demandé à une voisine de faire venir leurs enfants qui n’allaient pas à l’école pour que je les encadre, moyennant 1000 francs par enfant. Elle a adhéré à l’idée. Ils étaient deux. De bouche à oreille, la première année, 2011-2012, j’ai eu 20 enfants. 2013 -2014, j’ai avancé avec une cinquantaine d’enfants. Les années qui ont suivi, le nombre a encore augmenté et on est passé à 100 enfants. Cette année je suis à environ 160 enfants répartis dans quatre classes. La maternelle, à peu près 45 enfants ; le CP1 une soixantaine d’enfants ; le CP2, 32 enfants et le CE 20 enfants », détaille cet instituteur à la retraite qui s’est attaché les services de quatre enseignants, dont trois femmes et un homme. Des bénévoles à la base dépourvus de formation pédagogique, qui ne doivent leur qualification professionnelle actuelle qu’à la pratique et surtout au précieux coaching de leur premier responsable.

‟Le niveau de vie du quartier est préjudiciable aux familles défavoriséesˮ

Du haut de ses 65 ans d’âge et trente ans d’expérience dans l’enseignement au niveau primaire et secondaire, ce nigérien d’origine malienne vit en Côte d’Ivoire depuis dix-sept ans. Il s’est lancé de cette aventure pour aider ces enfants défavorisés qui n’ont pas accès à l’éducation en raison du standing du quartier qui les abrite.

« La Riviera palmeraie est un quartier résidentiel. Et à l’image de tous les autres quartiers huppés de la grande commune de Cocody, le niveau de vie est très élevé. C’est un quartier de boss comme on le dit. La quasi-totalité des écoles sont privées et coûtent extrêmement cher pour ces ouvriers, maçons, servantes ou ces femmes qui font à manger sur les chantiers en construction. Vous imaginez, 200.000 francs, 250.000 francs, voire 450.000 francs de frais de scolarité pour des personnes qui gagnent à peine 2000 francs par jour et qui vivent dans des baraques ! L’inscription au CP1 dans la seule école primaire publique (officiellement gratuite jusqu’à l’âge de 16 ans) s’élève à 35.000 francs. Et là encore, les effectifs sont pléthoriques. Il est plafonné à 85 élèves au CP1. Même si vous avez les moyens pour inscrire votre enfant, il n’y a pas suffisamment de places pour les accueillir. Ce quartier permet à ces gens de survivre, certes, mais le niveau de vie leur est préjudiciable, en particulier par rapport à l’éducation de leurs enfants », se désole le sexagénaire.

Hamed Sidibé et Jeff Amann à son bureau / Charlène Kodia – Enfants d’Afrique

 

« Chez moi, c’est 3500 francs par enfant chaque mois, confie Hamed Sidibé, très excité et fier. Nous dispensons les mêmes enseignements, nous suivons le calendrier du système éducatif normal mais c’est 3500 francs par enfant chaque mois, avec possibilité d’échelonnement. Malgré cela, nombreux sont les parents qui éprouvent des difficultés à solder. Le peu d’argent collecté sert à motiver mes quatre collaborateurs et à créer des conditions de travail adéquates pour la bonne éducation des enfants. Tout ici a été fait sur fonds propres. Les salles de classe, les tables, les bancs… Je n’ai reçu aucune aide extérieure. Pourtant, ce ne sont pas les visites d’ONG et des structures religieuses qui manquent. Mais les promesses d’aide sont restées sans suite. Il en est de même pour les démarches entreprises auprès des organismes nationaux et internationaux, spécialisés dans les questions de l’enfant. Rien ! »

A lire aussi : « Droit et civisme : le Centre ESD instruit les enfants de Epp Bananikro »

Sportif à souhait, l’homme, qui a participé à quatre éditions du Marathon d’Abidjan sur une distance de dix kilomètres depuis sa présence sur le sol ivoirien, est un habitué des courses de fond, de l’endurance et du challenge. Résolu à mener à bien ce projet d’aide aux enfants des familles défavorisées de la Riviera palmeraie, il travaille à la reconnaissance de son école, Epp Bananier-kro (village de bananier), avec statut d’ONG sous le sigle S.A.A.P.E. (Structure d’accueil et d’appui à la promotion de l’éducation). Mais avant cette consécration tant attendue, Hamed Sidibé continue de donner satisfaction à ces nombreuses familles pour qui l’école représente l’unique espoir de sortir de l’extrême pauvreté, en offrant à leurs enfants un ticket pour la vie.

 

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