Célébration du C2D : la société civile attaque, le Premier ministre contre-attaque !

La journée du jeudi a été consacrée à la commémoration du Contrat de Désendettement et de Développement. Cinq ans après la signature de ce partenariat bilatéral franco-ivoirien et du début de la mise en œuvre effective du C2DCélébration du Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) - DR

Sharing is caring!

Les cinq ans du Contrat de Désendettement et de Développement (C2D) ont été célébrés ce jeudi à Abidjan-Plateau. Le Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly, a tenu dans son allocution à rassurer les sociétés civiles ivoirienne et française, qui ont l’une après l’autre, soulevé des questions d’exclusion et de non-prise en compte (ou peu) de la dimension sociale dans la mise en œuvre du C2D, mais surtout du niveau de ré-endettement alarment de la Côte d’Ivoire.

La journée du jeudi a été consacrée à la commémoration du Contrat de Désendettement et de Développement. Cinq ans après la signature de ce partenariat bilatéral franco-ivoirien et du début de la mise en œuvre effective du C2D, on note selon le Chef du gouvernement ivoirien qu’« au plan opérationnel 26 conventions d’affectations ont été signées pour un montant total de 1093 milliards Fcfa (1,66 milliard d’euros), soit 95 % du montant des deux C2d engagés. Les investissements ont atteint 680 milliards Fcfa (1 milliard d’euros) sur un budget total d’échéance remboursé de 782 milliards Fcfa (1,19 milliards d’euros). Ce qui représente un taux de décaissement de 87 % ». Amadou Gon Coulibaly s’est donc félicité de l’exécution du C2D.

Au-delà du sentiment de satisfecit général qui a plané tout le long de la cérémonie qui a vu la participation de la Secrétaire d’Etat auprès du ministre français de l’Économie et des Finances, Delphine Geny-Stephann, des voix se sont élevées pour évoquer des manquements et tirer la sonnette d’alarme quant au niveau de ré-endettement de la Côte d’Ivoire.

C2D ivoirien, la couleur du béton et l’odeur du goudron

Hélène Gnionsahé, Coordinatrice Nationale de la Convention de la Société Civile Ivoirienne (CNCSI), après avoir passé en revue « les retombées positives du C2D » qui « se répercutent sur l’ensemble du territoire national », a appelé à la prise en compte de façon inclusive de tous les acteurs dans la mise en œuvre du C2D.

« Permettez-moi maintenant d’aborder rapidement un sujet qui nous est cher. Il s’agit de la mise en place des Unités de Coordination des projets (UCP) et des Cellules de Suivi des Projets (CSP) qui se fait et nous le déplorons, au détriment de l’administration et des collectivités.

Nous nous devions ici de vous alerter et de vous demander à l’avenir de veiller à une collaboration étroite entre les UPC/CSP, les agents des ministères et les autorités locales afin d’assurer une information complète de ces derniers. Le C2D devrait être un moyen de renforcer également la décentralisation et l’amélioration de la gouvernance locale. », a plaidé la représentante de la Société civile ivoirienne.

Jean-Jacques Guigon, de la Plateforme Française Dette et Développement, a pour sa part demandé « une réorientation vers les populations qui ne bénéficient pas ou peu de la croissance ». Pour la simple raison que « les infrastructures économiques ne sauraient répondre à tous les besoins », a-t-il poursuivi avant de s’interroger avec ironie.

A lire aussi : Le C2D fait le bilan de cinq ans d’activités en Côte d’Ivoire

« Le temps, n’est-il pas venu d’entendre, d’écouter d’une oreille peut-être plus attentive encore toutes celles et ceux très nombreux des villes et des campagnes ivoiriennes qui commencent à trouver et à déplorer que le C2D ivoirien a trop souvent la couleur du béton et l’odeur du goudron, et ils nous rappellent avec bon sens et un brin d’ironie que l’on ne met ni l’un ni l’autre dans le quotidien des plus démunis ? ».

« Oui, ils nous le rappellent avec bon sens, car tout miser sur la macroéconomie, sans tenir compte des insatisfactions sociales et frustrations politiques, ce développement risque de ne pas être à la hauteur des ambitions qui sont les nôtres », s’est empressé d’ajouter le Représentant de la Société civile française.

Rappelant par ailleurs, le contexte de signature du C2D et l’objectif du dit contrat, l’hôte du jour n’a pas manqué de s’alarmer face au niveau d’endettement de la Côte d’Ivoire qui juge explosif.

« L’initiative PPTE, dont le présent C2D est issu, avait pour objectif, faut-il le rappeler, de désendetter les pays en crise, et de rendre leur niveau d’endettement « soutenable ». La dette ivoirienne, à plus de 40 % de son PIB, même si elle reste à un niveau considéré comme raisonnable pour l’UEMOA*, a explosé ces dernières années. »

Pire, « Sa dette extérieure en particulier, a augmenté de 202 % depuis 2012, et l’on constate qu’elle recourt de plus en plus aux eurobonds et emprunts obligataires à des taux non concessionnels », a-t-il poursuivi avant de faire cette analyse suggestive.

« Cette augmentation du niveau d’endettement » de la Côte d’Ivoire « est l’évidence une véritable alerte qui à elle seule aurait mérité un temps long, un véritable échange à « quatre voix » entre les autorités ivoiriennes et françaises, et  les deux sociétés civiles ».

« Nous gérons notre dette avec beaucoup de prudence »

« Sans vouloir répondre totalement à la société civile, je voudrais simplement dire, que 2012 à aujourd’hui, les dépenses considérées comme les dépenses sociales et appelées dans le cadre de notre relation avec les bailleurs comme les dépenses d’autres propos, ont doublé et atteignent dans le budget de l’Etat de Côte d’Ivoire 2500 milliards de FCFA », précise le Premier ministre ivoirien, Amadou Gon Coulibaly.

Pour lui, il existe un vrai débat entre investir dans les infrastructures et investir dans le social. Sans mettre les deux secteurs dos à dos, le Chef du gouvernement a souligné l’urgente « nécessité d’investir dans les infrastructures, parce qu’elle est nécessaire pour améliorer la compétitivité de l’économie ivoirienne, pour rendre notre pays attractif » et pour la mise en œuvre de la politique du gouvernement qui prend en compte le social.

« Nous ne négligeons pas le secteur social. Je suis heureux de dire et de rappeler ce que les ivoiriens savent déjà, que lors du dernier Conseil des ministres de l’année 2017, sous la présidence du Chef de l’État, un programme au niveau de la santé de 577 milliards de FCFA a été adopté et actuellement en cours de mise en œuvre.

Je voudrais également dire, que le gouvernement a décidé de l’école pour tous, pour tous les enfants de 6 à 16 ans. Cela induit un vaste programme de construction de salles de classe dans le primaire et le secondaire. Et oui, cela s’exécute aujourd’hui  et est financé par le C2D », a-t-il rappelé. Et de continuer.

« Concernant l’endettement de la Côte d’Ivoire ou des pays africains en général. Je pense que le fait que ce constat soit fait, montre qu’il y a la nécessité qu’il y ait un vaste débat, un vrai débat, entre nos pays et toutes les institutions internationales et donc partenaires au développement. Il n’est pas possible, il ne sera pas possible, aux états qui sont les nôtres, de pouvoir aspirer à l’émergence sans investir dans les infrastructures, et sans investir tout simplement. Mais les conditions donc du crédit, sont les conditions sur lesquelles nous devons travailler.

« La Côte d’Ivoire appartient à une union économique et monétaire qui est l’UEMOA au sein de laquelle nous avons une série de critères. Notamment, le ratio de la dette sur le PIB dont la limite maximale est de 70 %. La Côte d’Ivoire est aujourd’hui à un ratio de 43,2 % et a donc beaucoup de marge par rapport à ce critère. Nous gérons notre dette avec beaucoup donc de prudence. »,  a fait savoir Amadou Gon Coulibaly.

Pour terminer, le premier ministre ivoirien s’est dit disposé à accorder une audience à la Convention de la Société Civile Ivoirienne afin d’échanger sur l’ensemble des préoccupations évoquées.
(*) UEMOA : Union économique et Monétaire Ouest Africaine

Sharing is caring!

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *