Hausse du prix du carburant : Bouaké fait le choix du gaz – point !

Photo d'illustration -Jeff Amann/Libre Tribune

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Le prix du carburant connaît des hausses subtiles mais constantes depuis 2017. Cinq en l’espace d’un an environ, provoquant pleurs et grincement des dents du côté des automobilistes. A Bouaké, la solution pour être à l’abri de toutes ces augmentations semble toute trouvée : le gaz butane.

Une hausse constante à petite dose

L’information est tombée ce vendredi 31 août 2018. Un communiqué marqué du sceau du ministère du Pétrole, de l’énergie et des énergies renouvelables largement diffusé sur les réseaux sociaux fait état d’une nouvelle hausse du prix du carburant en Côte d’Ivoire.

Du 31 août au 30 septembre 2018, le prix du carburant super sans plomb est augmenté de 10 FCFA. Initialement à 610 FCFA, le prix du super sans plomb passe alors à 620 FCFA le litre à l’ambiant.

Une information que les automobilistes ivoiriens accueillent avec beaucoup d’amertume.

« C’est inadmissible ! On ne peut pas augmenter le prix du carburant chaque matin au réveil et personne ne dit rien. 10 FCFA ! On vous donne l’impression que cela est anodin mais c’est énorme en réalité, quand vous vous référez au nombre de véhicules qui circulent en Côte d’Ivoire. Alors, il faut arrêter ! », lance Arnaud, un jeune cadre en transit à Bouaké, très vert suite à cette nouvelle hausse, la cinquième du genre en moins d’un an.

Le 2 octobre 2017, le prix du litre du super sans plomb est passé de 570 à 580 FCFA soit une hausse de 10 FCFA. Le 12 décembre 2017, les prix du super sans plomb et du gasoil moteur qui étaient de 580 FCFA sont passés à 595 soit une hausse de plus de 15 FCFA. Le 3 avril 2018, les prix des carburants de 595 FCFA sont passés à 600 FCFA, soit une augmentation de 5 FCFA. Le 7 mai 2018, les prix passaient à 600 FCFA, soit un relèvement de plus de 10 FCFA. Et enfin l’augmentation de ce 31 août 2018, l’actualité du moment.

Si ces différentes hausses sont acceptées des ivoiriens, certains automobilistes trouvent des palliatifs pour ne pas les subir : les taxis de Bouaké !

Une pratique illégale

90% des taxis communaux de Bouaké utilisent le gaz butane subventionné par l’Etat et destiné aux ménages en remplacement du carburant conventionnel. Pourtant, l’utilisation du gaz butane à des fins de carburant par les véhicules est une pratique interdite en Côte d’Ivoire. La loi n° 92-469 du 30 juillet 1992 prévoit pour cette pratique une peine d’emprisonnement de quinze jours à un an et/ou une amende de 100.000 à 500.000 FCFA.

90 % des taxis communaux de Bouaké utilisent le gaz butane subventionné par l’Etat et destiné aux ménages en remplacement du carburant conventionnel.

Un magasin de « Pompeur » à Bouaké – Jeff Amann /Libre Tribune

Une disposition légale qui ne fait ni chaud ni froid à Ibrahim, qui juge le prix du gasoil trop cher pour la conjoncture économique peu dynamique de la ville de Bouaké.

« On sait que cela n’est pas normal mais on n’a pas le choix. Le gasoil est cher. Le transport ne bouge pas comme à Abidjan. Si le peu que tu gagnes doit servir à payer seulement le gasoil alors que ton ‘‘Djoulatchê’’ [employeur] t’attend le soir, mieux vaut arrêter de travailler », conclut-il tout klaxonnant bruyamment à l’attention de clients potentiels.

Pour un taxi, il faut quatre bouteilles de gaz butane B6 pour assurer le service qui débute à 6 heures du matin pour s’achever à 21 heures en général. En raison de 2 200 FCFA la bouteille, le coût total s’élève 8 800 FCFA. Le gasoil ou l’essence auraient coûté autour de 17 000 FCFA pour une journée de travail.

En clair, le taxi-man gagne 8 200 FCFA à utiliser le gaz butane comme carburant au quotidien. Et ce, au péril de sa vie et de celle des citoyens-usagers.

Le danger au quotidien !

Cette pratique qui prospère à Bouaké a des incidences notables sur les conditions de vie des populations et davantage sur leur santé en raison des risques d’incendie et d’explosion de ce combustible hautement inflammable.

Les accidents dus au gaz butane comme carburant sont récurrents. Taxis calcinés, conducteurs et  »pompeurs » (prestataires de ce service de gaz) sont souvent victimes de graves brûlures suite à des explosions.

Une situation qui n’échappe pas aux autorités communales et nationales mais demeure problématique. La pratique a commencé dans les années 2000 avec les voitures personnelles avant de s’étendre aux taxis communaux, à la faveur de la crise ivoirienne. Aujourd’hui encore, l’utilisation du gaz butane à des fins de carburant à Bouaké poursuit inexorablement son expansion, jusqu’au seuil de l’explosion !

A lire aussi : Bouaké, la cocotte-minute !

 

Machine de pompage de gaz – Jeff Amann/Libre Tribune

 

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