Électeurs, ces dindons de la farce

Le collège électoral ivoirien est convoqué ce samedi 13 pour accomplir son devoir civique, à l’occasion des élections couplées des municipales et régionales 2018. Deux semaines avant, beaucoup de choses ont été dites et entendues. Des choses parfois sensées, souvent des plus absurdes. Les mises en scènes, toutes aussi grotesques les unes que les autres, rivalisaient de ridicule. Parodie ? Comédie ? L’on est en droit de s’interroger sur ce processus électoral qui s’apparente à une farce dans lequel les électeurs passent pour des dupes.Un agent de la Commission électorale indépendante ivoirienne / Jeff Amann - Libre Tribune

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Le collège électoral ivoirien est convoqué ce samedi 13 pour accomplir son devoir civique, à l’occasion des élections couplées des municipales et régionales 2018. Deux semaines avant, beaucoup de choses ont été dites et entendues. Des choses parfois sensées, souvent des plus absurdes. Les mises en scènes, toutes aussi grotesques les unes que les autres, rivalisaient de ridicule. Parodie ? Comédie ? L’on est en droit de s’interroger sur ce processus électoral qui s’apparente à une farce dans lequel les électeurs passent pour des dupes.

Ils sont près de 6,5 millions d’électeurs répartis dans 10 464 lieux de vote et 20 219 bureaux de vote sur tout le territoire national appelé à exprimer leur suffrage ce week-end, à l’occasion des locales en Côte d’Ivoire. Pendant deux semaines, du 28 au 11 septembre, les 684 candidats aux municipales et les 88 pour les régionales, ont battu campagne. Tout y est passé.

D’Abidjan (sud) à Bondoukou (nord-est) en passant par Bouaké (centre), ou encore à Akoupé (sud-est), il a été donné aux électeurs de découvrir les candidats dans des jeux d’acteurs qui frisaient la double personnalité. Tant la mise ne scène était dénouée de subtilité. Boxeur, coiffeur pour dame, couturier…Le plus talentueux a fait le cuisinier, coach sportif, le cureur de caniveau – visiblement propre. Ah, si le ridicule tuait !

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Une communication politique visant à convaincre le citoyen électeur de la proximité du candidat. Eux qui hier, étaient trop occupés à travailler pour ce dernier. Un travail prenant qui les a éloignés des  populations, les électeurs. « L’État travaille pour vous » ! On se demande bien comment. Mais ceci est le moins attractif de cette farce spectaculaire.

Violences sporadiques, officier supérieur de l’armé en campagne politique (quoique proscrit), menaces et intimidations, manipulations et déclarations saugrenues ont été claironnées à cor et à cri durant ces campagnes électorales.

Désormais en Côte d’Ivoire, quand vous n’êtes pas amis au Premier ministre, on est inapte à gouverner une circonscription. Dorénavant en terre d’Éburnie, seuls ceux dans l’intimité du Président de la République peuvent prétendre servir l’État. Autrement, toutes initiatives de développement au profit des localités et des populations sont vaines. Volontairement bloquées à des fins politiciennes. A l’avenir en Côte d’Ivoire, invoquer le nom d’un ministre est source de rédemption pour une catégorie de citoyens en infraction. Des propos éloquents, révélateurs des disparités ahurissantes observées sur le territoire ivoirien ; du népotisme et de la corruption galopante.

Un chapelet d’aberrations déblatéré à souhait et distillées à dessein, au sein d’une population forte de 43,8 % d’analphabètes (Gouvernement), dans leur quête effrénée et éhontée d’électeurs.  Les programmes de développement des localités, de cohésion sociale, du bien être de la population sont relégués au second plan – pour ceux qui en disposent. Pourquoi s’en embarrasser ?

Ici, les voix des électeurs s’achètent moyennant des espèces sonnantes et trébuchantes. Ici, ils sont champions de la transhumance électorale. Des pratiques frauduleuses, voyantes comme le nez au milieu de la figure, mais qui s’érigent progressivement en règle. Le mot d’ordre est de gagner. L’échec ne saurait être toléré. Il faut consolider le pouvoir, étendre  sa suprématie avant les prochaines élections présidentielles. Le pouvoir se gagne par portion, dit-on. Alors on fait feu de tout bois. En usant parfois des plus polluants et des plus toxiques. Que peut-on attendre d’un maire ou d’un conseiller régional, élu dans de telles conditions ?  Pas grande chose. A part se servir du système pour recouvrer son argent.  « On fait les cadeaux avant les élections et on décide les impôts tout de suite après » (Jacques Chirac).

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Il revient au peuple de voter pour le plus méritant, aux populations d’être regardant sur la gestion de leur localité. En s’imprégnant des attributions et missions réelles des élus, maire comme conseiller régional, pour des choix éclairés au prisme de la législation ivoirienne.

La loi n°85-582 du 29 Juillet 1985 et la loi n° 2003-208 du 07 juillet 2003 portant transfert et répartition de compétences de l’état aux collectivités territoriales en fixent les modalités. Les maires sont autonomes dans la gestion des communes qui d’ailleurs s’autofinancent. N’est érigé en commune que toute localité viable. C’est-à-dire un territoire capable, de part ses taxes et assiettes fiscales diverses, d’impulser son développement. L’état vient en appui en cas de nécessité.

A télécharger : la loi n 2003-208 du 07 juillet 2003portant transfert et répartition de compétences de l’état aux collectivités territoriales 

En clair, l’argent pour financer les voiries, les écoles, les centres de santé, etc., provient de la poche du citoyen, du contribuable, de l’électeur. Et non directement de celui du Chef de l’État. Subséquemment, les arguments du genre « C’est le président de la République qui m’envoie » sont incongrus, et relèvent de la manipulation, de la politique politicienne.

Électeurs, ne soyez pas dupes. Voter est un droit civique à préserver jalousement et à en jouir librement. Sentez-vous libre de voter en toute conscience pour le développement effectif de votre localité. Avec ou sans le cœur mais surtout sans bruit, sans violence aucune. Ne soyez pas les dindons de la farce !

Plaidoyer d’un citoyen, à J-1 des élections municipales et régionales 2018 en Côte d’Ivoire.

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