Méditerranée, 6 millions de FCFA pour un aller simple et funeste vers l’Euro(pe)

Migration irrégulière

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Le phénomène est mondial, les chiffres alarmants. De nombreux disparus, certainement recouverts par les dunes dans le dessert, des milliers de morts rejetés par la mer.  Près de 3000 migrants ont déjà perdu la vie cette année en tentant de traverser la Méditerranée. Mais le flux migratoire est incessant. Pire, il s’accentue !

Depuis janvier 2017, 105 418 migrants ont traversé la Méditerranée pour atteindre l’Europe (chiffres de l’Office international des migrations – OIM). Parmi eux, des Nigérians, des Gambiens, des Guinéens et des Ivoiriens. Pour ne citer que ces quatre pays au Sud du Sahara… qui occupent respectivement les quatre premiers rangs des candidats à la migration irrégulière enregistrés sur les côtes européennes.

Le Nigeria, 1er  avec 37551 migrants ; la Gambie 2e  avec 21929 migrants ; la Guinée 3e avec 13342 migrants et la Côte d’Ivoire, 4e avec 12396 migrants (toujours selon les chiffres de l’OIM sur le flux migratoire de l’Afrique de l’Ouest vers l’Italie, en 2016).

La spécificité de la Côte d’Ivoire

Ils sont  8753  immigrants irréguliers, des « présumés ivoiriens »*, enregistrés sur les côtes européennes sur déclaration de ces derniers. Ainsi on dénombre 5907 hommes, 1263 femmes et 109 mineurs accompagnés. Il y a aussi 1474 mineurs non accompagnés, qui déclarent être partis de la Côte d’Ivoire vers l’Italie en 2017.

Tous ont risqué leur vie dans un périlleux voyage, dans le dessert et sur la mer, toute peur bue, pour atteindre l’Europe, 70 % des candidats à la migration irrégulière interviewés empruntent cette voie suicidaire en vue d’« un mieux-être » sur le continent européen. Des statistiques livrées par Docteur Gohita, Directrice générale chargée l’Action sociale et de l’Information au sein du Ministère de l’Intégration Africaine et des Ivoiriens de l’Extérieur, qui révèle par ailleurs que plus de 800 ivoiriens sont détenus dans des prisons en Libye. Désillusionnés !

Mais sur le terrain en Côte d’Ivoire, la détermination des futurs candidats à la traversée de Méditerranée est indescriptible. La ferveur reste de mise à Daloa, Soubré, San Pedro et dans la commune d’Ayama (Abidjan Nord). Des zones réputées de départs massifs. Qualifiés ou pas, ils sont prêt tout, pour fouler le sol du Vieux continent. C’est le cas de Kamagaté.

Kam est ivoirien et titulaire d’un BTS en transport logistique. Après un stage de validation de son diplôme de brevet de technicien supérieur dans une entreprise d’agroalimentaire de renom de la place, il s’est orienté dans le bâtiment où il a appris le métier par « manque de boulot », selon ses propres termes. Aujourd’hui, Kam se targe de connaître tous les rouages du bâtiment. L’acquisition de tous les intrants et les ressources humaines pour vous sortir un triplex de terre. Et grâces à ces mécanismes, il pourrait – affirme-il – se lancer dans l’immobilier en tant qu’entrepreneur. Cependant ce jeune homme, la trentaine révolue, gérant d’un petit cybercafé dans la commune d’Abobo, dit avoir épargné la coquette somme de 6 millions et attend l’occasion favorable pour se « tailler ». Prendre le large, tenter l’aventure. Le comble du paradoxe et de l’absurde, pourrait-on penser. Pourtant ils en sont là, la plupart des jeunes ivoiriens. Comme un coït au point du non-retour, rien ne saurait interrompre son projet suicidaire d’immigration irrégulière. Il faut agir !

Une synergie d’actions

Le gouvernement ivoirien, la Direction Générale des Ivoiriens de l’Extérieurs (DGIE), la Fondation Friedrich Naumann pour la liberté, des ONGs nationales et internationales, essaient de mener des actions à l’endroit des populations et de ces forces vives afin d’endiguer le phénomène de la migration irrégulière.

Ainsi depuis 2012, l’organisation allemande axée sur la promotion de la liberté, la dignité humaine et la paix, parcourt les villes de la Côte d’Ivoire avec ses partenaires pour sensibiliser les candidats à la migration irrégulière des dangers de cette aventure funeste. Elle contribue en sus au démantèlement des réseaux de passeurs et à éclairer les jeunes sur les opportunités d’insertion sociale existantes en terre ivoirienne.

Une semaine donc d’intense campagne incisif sous le thème ‘‘Migration : loin de chez moi’’qui s’étend du 11 au 18 novembre 2017.

Kévin Coulibaly, Coordonnateur Adjoint du Festival Ciné Droit Libre ; Magloire N’Dehi, Assistant Programme à la Fondation Friedrich Naumann et Sangaré Yacouba, Coordonnateur du Festival Ciné Droit Libre

Cette année, à l’occasion de ‘‘La semaine des Droits de l’Homme’’, la Fondation accentue sa campagne pour la « déconstruction de l’illusion de l’Europe » à travers une série d’activités dans la ville d’Abidjan, égrainée au cours d’une conférence de presse par Magloire N’Dehi, Assistant Programmes au sein de l’Institution.

Sont organisés, entre autre : un concours d’art oratoire (dénommé Voix Libre), un apéro dit l’Apéro des jeunes sur la migration, des débats, une Exposition photos ‘‘Parcours de migrants’’ et un l’Atelier des médias pour le renforcement des capacités de trente journalistes sur la thématique. Notons aussi qu’un point d’honneur est mis sur la Projection de films grand public baptisée ‘‘Cinéma Plein-air’’.

Un volet qui relève du domaine de compétence de l’association Ciné Connexion, promoteur du Festival Ciné Droit Libre depuis 9 ans dans 4 pays de l’Afrique de l’Ouest dont la Côte d’Ivoire. Selon son coordonnateur, Sangaré Yacouba, l’objectif de ce groupe de jeunes est de porter un coup à la migration irrégulière, qui endeuille les familles ivoiriennes.

Pour ce faire des films de sensibilisation, retraçant le périlleux parcourt des migrants irréguliers, les conditions misérables de leur escale en Libye, le témoignage pathétique de rescapés de la traversée, etc. sont à l’affiche à Abobo Sagbé Céleste et au stade Vatican de Marcory. Ainsi on pourra voir, ‘‘Migrants, retour d’enfer’’ de Patrick Fandio sorti en 2017 et ‘‘Côte d’Ivoire : les enfants de la crise’’, en plus des capsules de sensibilisation ‘‘Aware migrants’’ de Amnesty International.

Une semaine intense pour une campagne incisive sur le thème ‘‘Migration : loin de chez moi’’qui s’étend du 11 au 18 novembre 2017. Avec bon espoir qu’elle aura un impact positif sur la jeunesse ivoirienne pour mettre aux appels des citoyens ivoiriens en situation de détresse à l’étranger.

 

 

(*) Présumés Ivoiriens est le terme officiel pour désigner les migrants qui se déclarent Ivoirien sur les côtes européennes. Ces derniers ayant détruit à dessein tout document pouvant permettre une identification formelle.

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1 Commentaire

  1. Merci pour toutes ces précisions, vraiment nous devons nous levé tous car c’est l’avenir de l’Afrique qui est en jeux. Tous contre ce phénomène qui endeuille de plus en plus l’Afrique. C’est toute l’Afrique qui est endeuillée un deuil profond dans lequel toutes les familles Africaine de l’ouest, l’est, nord, centre, sud sont confrontés.NON A L’IMMIGRATION IRRÉGULIÈRE

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