Covid-19, de la psychose à l’indifférence

Article : Covid-19, de la psychose à l’indifférence
30 avril 2020

Covid-19, de la psychose à l’indifférence

La courbe de contamination au Covid-19 va croissant. Au sein des populations, les habitudes ont la peau dure. La vie reprend progressivement son cours, dans l’insouciance des uns et l’indifférence des autres. Bien loin de la psychose, au déclenchement de la crise sanitaire de la maladie à coronavirus.

La courbe de contamination au Covid-19 continue sa croissance. À ce jour, 29 avril 2020, la Côte d’Ivoire enregistre 1 238 cas confirmés sur un total de 9 272 échantillons prélevés, dont 667 cas actifs et 557 personnes guéries. 14 décès sont à déplorer. Le taux de contamination est à 10 % selon les observateurs, avec pour épicentre la ville d’Abidjan avec 93 % des cas testés positifs.

Une situation inquiétante de crise sanitaire qui mobilise toutes les énergies et oriente l’ensemble des actions gouvernementales ces deux derniers mois. Mais une situation qui semble ne plus émouvoir les populations. La peur panique qui s’était emparée d’elles par effet de surprise s’est dissipée. La psychose est désormais loin derrière. Cela se constate au coin de la rue, sur les terrains de Maracana, dans les marchés, dans les gares routières…

Le Covid-19, jusqu’à la gare

Carrefour Angré, à la lisière de la commune d’Abobo, point de stationnement des taxis communaux (Wôrôrô) qui assurent la desserte de la commune sœur de Cocody. Cris de vendeurs ambulants de cache-nez et klaxons de Wôrôrô jaune s’entremêlent. Les usagers pressent les pas pour vaquer à leurs occupations. Il y a un mois en arrière, cet endroit était presque vide les matins, heure de pointe.

Un passager à qui on demande de porter un masque avant d’accéder au véhicule de transport en commun, s’offusque. Il tempête. Sa santé, c’est son affaire. Et cela ne regarde personne. Soit ! Mais la règle est ces temps de propagation du Covid-19, le masque est obligatoire. Et pour le conducteur, et pour l’ensemble des passagers. Sous peine d’amende pour tout contrevenant à cette mesure barrière au coronavirus.

L’homme n’en a cure. Pour lui, tout cela ne compte que pour du beurre et cache un autre agenda. Créer une situation de psychose, manœuvrer pour le report des élections et se maintenir au pouvoir. En un mot, du dilatoire ! Même si cet argument ne tient pas la route, l’homme y croit dur comme fer. D’autres personnes avec lui, certainement. La face visible de la crise de confiance entre l’Exécutif et les populations.

Le plan de riposte économique, les Centres de dépistage de Cocody,  Marcory et Yopougon, les mesures sociales, tout ceci lui parlent peu, à l’interrogation de son vis-à-vis. Il n’a pas reçu les 25 000 FCFA de l’Etat ivoirien en faveur des plus vulnérables. Lui, ouvrier dans l’informel qui voit son monde s’écrouler du jour au lendemain. Alors, tout reste effet d’annonce, tant que sa pitance quotidienne est incertaine. Qu’à cela ne tienne. L’Etat entend distribuer via service Mobile money, la coquette somme de 13,289 milliards FCFA à 177,198 ménages des plus défavorisés. Une opération dénommée « Solidarité COVID-19 » à déployer sur plusieurs trimestres. Vous avez dit redevabilité ? Bref.

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Un peu plus loin sur le boulevard Latrille, voie express de Cocody, un petit embouteillage. On commençait à en perdre l’habitude du fait du Covid-19.  Un sympathique embouteillage qui permet d’apprécier un beau temps ensoleillé en cette matinée, tout en observant le mouvement agile des vendeurs à la criée. Ils se faufilent entre les voitures en stationnement momentané, pour proposer des gels hydroalcooliques et des cache-nez. La tendance du moment.

A ce propos, le gouvernement a annoncé une commande de 130 millions de masques. Un premier lot de 26,5 millions vient d’arriver à Abidjan. Avant la grande distribution, gratuitement aux populations, les ivoiriens se débrouillent comme ils peuvent. Du moins, pour ceux d’entre eux à qui cela intéressent de se protéger, a minima.

Quant au gel hydroalcoolique, on ne se bouscule plus pour se les arracher comme en mi-mars, à l’apparition de pandémie du Covid-19 en terre ivoirienne. Les pots de différents formats sont bien visibles sur les étals des supermarchés. Surproduction ? Non. Plutôt désintérêt. Les prix au début exorbitants ont même baissés. Finie la surenchère !

Le Covid-19, le déconfinement volontaire

Fini également, l’auto-confinement volontaire. Les populations se laissent aller. « Mieux vaut mourir du Covid-19 que de la faim », entend-on. En dehors donc des heures de couvre-feu (21 heures à 5 heures du matin) et des restrictions dues à l’état d’urgence – fermeture des espaces touristiques, restaurants, bars, etc. – chacun se démerde comme il peut pour sa survie ou pour son loisir. Avec ou sans masque, ici on aime la chaleur humaine. La distanciation sociale ne saurait être observée. Alors on transgresse.

A Yopougon en l’occurrence, des bars s’ouvrent dans la clandestinité et dans la promiscuité. Et ils sont ravitaillés en boisson. Il serait peut-être bon de pister les réseaux de distribution. Dans les rues de la commune, tout semble si ordinaire malgré les dispositifs de lavage des mains, bien visibles devant certaines enseignes. On discute, on rit, on se tape sur l’épaule. Au petit marché du quartier Port-Bouët 2, non loin de la mosquée Koudouss, c’est l’attroupement. À l’évidence, la probable contamination au Covid-19 est le cadet des soucis des marchands et de leurs clients. Dans les grins, on papote, on se lance des invectives. A côtés des clubs informels de dame poussent les pions tandis que d’autres jouent au scrabble et aux échecs. Espérons qu’à ce jeu d’indifférence avec la maladie à coronavirus, le Covid-19 n’en sorte pas victorieux.

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Commentaires

Alex
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Excellent!
Bonne continuation

Lynx76x
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Ah ouais quand même, sacré situation dans le monde... Quel misère ce virus qui nous oblige de changer..