‘‘Grand Ménage’’, un produit qui peine à s’imposer aux ivoiriens !

''Grand Ménage''Logo de l'opération ''Grand Ménage''

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Deuxième né de la gamme de produits Salubrité en terre Ivoire, après la tumultueuse opération ‘‘Déguerpissement’’,  le ‘‘Grand Ménage’’ peine à s’imposer. Le produit a toujours du mal à se vendre, le client ivoirien étant aux abonnés absents.

Lancé il y a de cela dix mois, l’opération ‘‘Grand Ménage’’ du Ministère ivoirien de la salubrité, de l’environnement et du développement durable, ne connait de succès que dans la communication.

Tel le lancement d’un nouveau produit, tous les leviers de la promotion-vente sont actionnés par les agents marketeurs du dit Ministère pour le positionnement de la marque ‘‘Grand Ménage’’. Conférence de presse, spots télévisés et radio, affiches publicitaires, camion podium, T-shirt, etc., sont servi aux ivoiriens.

La caravane, pour ce mois de décembre échoit à la ville de Bassam. Ville mythique, ville historique, Bassam est certes classée au patrimoine de l’Unesco, mais elle ne saurait échapper à l’approche mercantile du ‘‘Grand Ménage’’. Comme à l’accoutumée, le camion podium va parader dans la ville symbole de la lutte émancipatrice de Marie Sery Koré, 1ère résistante de Côte d’Ivoire. La musique, le coupé-décalé ivoirien à fond, va exalter les quelques actes de déguerpissements de bahuts installés sur le domaine public, sans que les caméras et photographes ne ratent une séquences de ces scènes à la fois émouvantes et très souvent pathétiques. Non, pour l’image, on ne lâche rien ! Deux ou trois femmes des services de nettoyage improvisés des rues seront interrogées. Le soir au JT de 20 heures, un morceau choisi. Les logiciels de montage sont passés par là pour le ‘‘Viol des foules’’.

Les mêmes scenarii ont déjà été déroulés dans plusieurs villes et communes de la Côte d’Ivoire, tant à l’intérieur du pays que dans la ville d’Abidjan, capitale économique et première vitrine de la terre d’Eburnie. On peut citer entre autres Adjamé, Cocody et le boulevard Valery Giscard d’Estaing (VGE) qui a fait l’objet de la 8e édition de l’opération ‘‘Grand Ménage’’ au début du mois d’octobre.

Lire aussi : 8è édition de l’opération Grand Ménage: le Boulevard Valery Giscard d’Estaing a fait sa toilette

Aujourd’hui, ce boulevard – qui permet de joindre Port-Bouet à partir de Treichville, en passant par Marcory et Koumassi – n’a vraiment pas connu de changement extraordinaire. Oui aujourd’hui, le VGE, qui dans son prolongement permet d’accéder à la ville de Bassam où se tient la 9e édition de la campagne dite Opération ‘‘Grand Ménage’’, voit toujours divaguer les animaux à ses abords.

Pourtant « les animaux errants sur les sites d’embellissement seront saisis et donnés à des œuvres caritatives ou à des orphelinats », avait annoncé en octobre Madame la ministre Anne Ouloto. Séance tenante des chevaux avaient été saisis (certainement pour l’image). A ce jour, on peut en voir circuler librement et aisément le long du boulevard, au niveau de Port-Bouet.

Il faut l’admettre, à l’actif de l’opération ‘‘Déguerpissement’’, on peut désormais contempler furtivement, depuis son siège du mini car sur le tronçon Treichville – Bassam, les ondulations plaisantes de la mer bleue. Toujours du côté de Port-Bouet. Et ce, grâce aux bulldozers de Maman Anne Ouloto qui ont descendu toutes les baraques qui obstruaient cette belle vue.

Cependant, en attendant l’embellissement du Maroc qui aurait acquis cet espace de bord de mer à travers son Roi Mohamed VI, son maintien en un lieu salubre relève du défi.

Une semaine de va-et-vient Abidjan-Bassam (du 19 au 24 novembre) ; une semaine d’absence remarquée des balayeuses du VGE qui se donnent en spectacle lors des opérations ‘‘Grand Ménage’’. Pour le polissage de l’image de marque de leur employeur, chacun y va de sa mise en scène.

Le concept du pollueur-payeur

« C’est tout cela qui dégrade le bitume et pollue l’environnement. Ils sont amendés. Les pollueurs doivent payer leur pollution », catégorique, la Ministre Anne Ouloto a tenu ces propos à l’endroit des exploitants et conducteurs de ces camions, au cours du point presse qui a clôturé l’opération du mois d’octobre.

Cette fermeté affichée, avait déjà conduit, en début d’opération, à la mise en fourrière d’une dizaine de camions de ramassage de sables humides qui laissaient des dépôts (de sables) sur le bitume. Chacun devait s’acquitter de la somme de 250 mille FCFA comme amande. C’est à croire que ces camions qui circulent à nouveau sur le VGE prennent les dispositions nécessaires pour ne pas salir et endommager à terme le bitume. Le doute est légitime. D’autant plus que la brigade mobile annoncée pour la régulation sur ce boulevard vitrine attend certainement une communication en Conseil des ministres. Puis un décret. Et cela demande du temps, beaucoup de temps. Méthodique n’est-ce pas ?

Pour l’heure, le contribuable paye déjà la note de cette campagne de marketing politique. Alors il se veut très critique et demande même des comptes.

« Dans les pays qui se respectent, on fait pas publicité de ramassage d’ordures. C’est vraiment pathétique. A Accra, à juste quelques kilomètres d’ici, les gens se moquent lorsqu’on parle d’opération ménage ou quoi à Abidjan. D’ailleurs, n’oubliez pas de savoir combien tout ça nous coûte. », s’offusquait sur Facebook le blogueur ivoirien, Jacques Kirioua, spécialiste en foresterie et sciences de l’environnement, Consultant en agriculture durable. Et ce, dès l’apparition des premières images de l’opération ‘‘Grand Ménage’’ 8 sur le réseau social adulé des ivoiriens.

A cette question de combien coûte l’opération ‘‘Grand Ménage’’, la formule est toute trouvée. « Ça coûte rien de plus que le budget prévu par le Programme national de développement 2016 – 2020 (PND). Ce sont des bénévoles, des ivoiriens, qui se mobilisent pour la cause de la salubrité. Après il revient aux populations de s’impliquer » peut-on entendre dans le milieu gouvernemental.

PND ou pas, 96 millions de francs CFA, c’est le chiffre qui circule concernant le coût de l’opération ‘‘Grand Ménage’’ pour la seule année 2017.  Communiquer est un exercice onéreux et complexe. Tout le monde le sait.  Les résultats escomptés ? Pas toujours garantis ! On le sait également.

Une adhésion non-confirmée

Presqu’un an après l’ouverture de la campagne ‘‘Grand Ménage’’, le résultat de l’opération sur le terrain est mitigé. La cible de cette communication d’envergure nationale, s’il s’agit bien de la population ivoirienne, n’est pas atteinte. Le chien aboie, la caravane passe ! L’implication souhaitée des populations se fait attendre. Elles ne se sentent pas concernées. Des bénévoles certes, mais des bénévoles de figuration. La séquence du scénario terminée, chacun retourne à ses petites affaires. On jette à tout va dans les rues, papier kleenex, cannette de bière, sachets d’eau, peau de banane douce… qui s’amoncellent au fil du temps, car le système de pré-collecte et de collecte des ordures est terriblement enrhumé. Logique mathématique, des villes sales !

Changer de fusil d’épaule

Le combat contre l’insalubrité est une lutte de longue haleine. C’est évident, car cela relève du comportemental. Personne ne l’ignore. La réponse doit tout autant s’inscrire dans la durée. Les effets d’annonce à coup de millions sous forme de marketing opérationnel sont et resteront chimériques. Il faut communiquer certes, mais il faut surtout éduquer et réprimer. Oui ÉDUCATION et RÉPRESSION ! Le bâton et la carotte. La théorie est connue, vieille mais elle marche encore dans nos sociétés modernes. Mais comment ?

L’approche du problème d’insalubrité doit être transversale au niveau des instances dirigeantes de la Côte d’Ivoire. Les appareils idéologiques et répressifs existent déjà. Il faut les mettre à contribution.

Primo, les écoles (le système tout du long), les communautés religieuses, les Organisations non gouvernementales, les partis politiques et l’hémicycle sont des lieux indiqués pour toucher les affects, briser et changer ce comportement malsain ancré en l’ivoirien. Ces canaux ont toujours été le creuset des propagandes politiques. Ils peuvent l’être aussi pour l’exécution des programmes de gouvernance, de bonne gouvernance.

Lire aussi : Côte d’Ivoire, Abobo ne fait rien avec le ‘‘grand ménage’’ de A.D.O

Deuxio, le civisme passe souvent par le bâton. Ce rôle est dévolu à l’armée. Si l’effectif actuel ne permet pas de l’actionner, il faut recruter. Plus de 40% de jeunes adultes en Côte d’Ivoire, la ressource humaine est disponible et de qualité. La plupart sont diplômés et certains au chômage. Ainsi au mètre carré, on peut avoir une véritable brigade de la salubrité qui fera appliquer les lois et décrets avec le concept de ‘‘Pollueur-payeur’’, avec un mécanisme de sanction graduel, allant de la contravention à la peine d’emprisonnement, selon la gravité de l’acte d’insalubrité reproché. Ainsi le système s’autofinancerait. A défaut, l’État se donne les moyens d’arriver à ses fins.  96 millions de francs CFA de vuvuzela en un an, les moyens sont bel et bien là. Il faut juste les utiliser autrement. Allons à l’essentiel, au concret. Transcendons la communication pour le bien-être commun !

 

PS : Les solutions, on les cherche ensemble. Vous en avez de plus réalistes peut-être. Laissez-les en commentaire.

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1 Commentaire

  1. Merci pour ce billet qui met en lumière tout ce qui se cache derrière les jolis reportages de la télévision ivoirienne.
    Je n’ai jamais été contre personne. Faisons juste l’effort de faire peu, mais bien. Je dis non au saupoudrage appelé « grand ménage ».

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