Clap de fin du 2e ‘‘marathon du climat’’ à Abidjan

Dérèglement climatique, pluviométrie débridée, cycle des cultures bouleversé, sécheresse, ensablement des eaux, instabilité des saisons, inondations… ont fait l’objet de réflexion jeudi dernier à Abidjan, à l’occasion de la 2e édition du Climackathon. Une initiative de l’Agence Française de Développement (AFD) face au phénomène du changement climatique en Côte d’Ivoire.2e édition du Climackathon à Abidjan / AFD - Jacques Kouao

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Dérèglement climatique, pluviométrie débridée, cycle des cultures bouleversé, sécheresse, ensablement des eaux, instabilité des saisons, inondations… ont été au centre des réflexions, jeudi dernier à Abidjan, à l’occasion de la 2e édition du Climackathon. Une initiative de l’Agence Française de Développement (AFD) face au phénomène du changement climatique en Côte d’Ivoire.

« S’adapter, atténuer : quelles solutions ? ». Tel est le thème qui a orienté les échanges du panel de six expertises lors de ce ‘‘marathon du climat’’ qui a duré quelque 3 heures. De façon transversale, les spécialistes ont instruit le public sur les conséquences du changement climatique, jugées dramatiques en Côte d’Ivoire par Marc Daubrey, spécialiste du climat.

D’où l’engagement de la Côte d’Ivoire à la COP21 de réduire de 28% l’émission de gaz à effet de serre d’ici 2030. Mais l’évaluation précise de cet objectif à mi-parcours reste l’un des défis majeurs de l’État ivoirien en matière de lutte contre changement climatique.

Trois secteurs ont été identifiés comme les principales sources d’émission de gaz à effet de serre, et donc causes du changement climatique en Côte d’Ivoire : les secteurs de l’énergie ; de l’agriculture et de la forêt ainsi que le secteur de l’économie circulaire et de la gestion de déchets.

Marc Daubrey a par ailleurs appris à la centaine de personnes participant à cette rencontre l’initiative d’un projet de loi pour créer un cadre juridique afin de lutter plus efficacement contre le changement climatique en Côte d’Ivoire.

Cela paraît urgent, tant la situation est alarmante. En Côte d’Ivoire, ce sont 200 mille hectares de forêt détruite chaque année. Le cas typique du village de Lahou-kpanda*, qui a fait l’objet d’un reportage vidéo projeté à l’occasion, est édifiant.

Michel Segui, président de la coopérative des artisans pêcheurs Walê de Grand-Lahou, explique :

« À cause de l’érosion côtière accélérée, le village touristique de Lahou-Kpanda* perd environ 10 mètres par an et risque de disparaître d’ici quelques années. Après l’effondrement de plusieurs bâtiments coloniaux, la mer est aujourd’hui aux portes du cimetière du village. Les populations sont impuissantes. »

Toujours selon le témoignage de Michel Segui, le village s’est déplacé depuis 1973 et se situe aujourd’hui à 15 kilomètres de son emplacement originel. Il reste toutefois à la portée de la mer qui continue sa progression et menace de tout emporter. Avec en sus, l’ensablement des eaux du fleuve Bandama, la baisse du débit fluvial et la raréfaction des ressources halieutiques qui s’en suit, c’est la survie du peuple Avikam qui est mise à mal.  

Un appel a été lancé pour la stabilisation de l’embouchure du fleuve par des digues et le déplacement des populations sur de nouvelles terres, avec des mesures d’accompagnement.

Face à cette interpellation, Kouakou Bernard Djè, ingénieur en météorologie, chef du département de climatologie et des applications météorologiques à la SODEXAM**, rassure en rappelant les initiatives étatiques pour apporter une réponse aux conséquences de l’érosion côtière.

L’expert, qui est par ailleurs le Point focal national du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), indique :

« Nous connaissons cette situation. Le gouvernement, avec l’appui de la Banque mondiale, a signé un accord de prêts pour le projet Ouaka. Ce projet doit adresser ces questions. Nous avons organisé un atelier et la question des déplacements des populations côtières a été posée. Ce projet permettra de l’adresser. Pour aller plus loin, l’Université Félix Houphouët Boigny essaie de mettre en place un centre d’excellence côtière. C’est pour dire que les questions d’érosion sont devenues une question de développement et de recherches. » 

À l’issue des échanges, panélistes et participants étaient unanimes sur la nécessité de sensibiliser davantage les populations et les forces vives de la nation sur le changement climatique et ses conséquences. Et que l’approche soit celle de l’adaptation et de l’atténuation.

Pour Emmanuel Debroise, nouveau directeur de l’AFD à Abidjan :

« L’organisation du Climackathon répond à la volonté de l’AFD de soutenir les pays dans la mise en œuvre de l’accord de Paris sur le climat. »

Il s’est tenu pendant 48 heures, en marge de la semaine du climat de New York du 24 au 30 septembre 2018, et a vu la participation en plus des experts, de journalistes, influenceurs et éco-citoyens locaux autour du thème général « La Côte d’Ivoire face aux changements climatiques, État des lieux et solutions ».

A lire aussi : Climackathon, réflexions autour des changements climatiques à Abidjan

 

Lahou-Kpanda* : village situé au sud de la Côte d’Ivoire à environ 95km à l’ouest d’Abidjan.

SODEXAM** : Société d’exploitation et de développement aéroportuaire, aéronautique et météorologique.

 

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