Echappée(ez) belle dans une ville historique !

bondoukou-echappee-belle-ville-historiqueVisite touristique à Bondoukou / Abou Kam - Libre Tribune

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L’occasion était rêvée, le moment parfait : dix ans après. En 2008, quand nos pieds foulaient pour la première fois le sol de Bondoukou, au nord-est de la Côte d’Ivoire, nous étions en mission et le temps nous était compté. Impossible d’improviser une visite guidée. Cette fois-ci, arrivés un jour plus tôt, nous avions une journée entière pour nous avant d’entamer notre mission. Une aubaine pour oser une échappée belle, dans cette ville historique, carrefour des civilisations !

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Situation géographique de Bondoukou, en Côte d’Ivoire

Le matin au réveil, la fatigue du voyage de la veille était pesante et a failli nous dissuader. Mais il fallait y aller. C’était notre seule chance. Nous n’avions que la journée de ce dimanche 27 mai 2018 pour voir de nos propres yeux tout ce qui a fait la réputation de la ville : « Bondoukou, la ville aux mille mosquées », la ville où trône la ‘‘maison’’ de Samory*, la ville dans laquelle Binger* a bâti une villa…

L’inclination à la découverte surpasse le besoin de repos. Une fois dégourdis, direction la salle d’eau pour une douche chaude, avant de rejoindre le café de la coquette résidence hôtelière flambant-neuve, notre pied-à-terre pendant cinq jours. Petit-déjeuner à la sauvette. Le taxi est déjà dans le parking, moteur vibrionnant, paré à nous faire découvrir la ville historique dans toute sa splendeur. Première destination choisie : la mosquée Koudouss.

La mosquée Koudouss, du nom de son bâtisseur, feu Imam El Hadj Koudouss, est la plus belle et la plus grande de toutes les mosquées de la ville de Bondoukou. Elle se dresse majestueusement dans ses couleurs – vert et blanc – dans le quartier Malagasso, symbolisant à elle seule, la forte prédominance de la religion musulmane dans la ville. À Bondoukou, presque toutes les grandes familles disposent d’une mosquée. Un gage de dévotion et de piété. D’où le surnom à élan de slogan, « Bondoukou, la ville aux mille mosquées ». Toutefois, la mosquée Koudouss demeure la plus réputée parmi elles toutes, et est même devenue un lieu de culte qui attire chaque année des milliers de pèlerins de la sous-région, surtout en période de ramadan, le jeûne musulman.

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Mosquée Koudouss de Bondoukou / Jeff Amann – Libre Tribune

Après la mosquée Koudouss, nous nous dirigeons vers la ‘‘maison de Samory’’. Cette fois à la marche, pour mieux apprécier le paysage de cette ville cosmopolite et nous délecter de ses mémoires , contés par notre guide.

Érigée en commune en 1980, Bondoukou est une ville forte d’une population de 117 453 âmes*, composée d’un peu plus d’une dizaine d’ethnies : Abrons, Koulangos, Malinkés, Lobis, Lorhons, Gbins, Noumous, Agnis Bonas, Agnis Binis, Nafanas, Gorombos et Gorombossos. Nous raconte notre guide du jour, un jeune opérateur économique du nom de Touré. Ces peuples ont toujours cohabité pacifiquement depuis le 18e siècle mais l’essentiel du pouvoir politique, de la défense et de la diplomatie a presque toujours été l’affaire des Abrons, du fait de leur système de gouvernance extrêmement bien organisé.

À l’occasion, nous avons rendu visite à la Reine mère, Nanan Adjah Fiéni II, de la lignée des Abrons. Une informaticienne à la retraite, détentrice du siège de Kotogonda, du canton Agninifié. Une localité située à 60 km de Bondoukou, qui en est la capitale. La charismatique femme est par ailleurs fondatrice d’une fédération d’associations et groupements féminins de la région du Gontougo, nous confie Touré.

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Sur les vestiges de la maison de Samory (l’avant) / Jeff Amann – Libre Tribune

Nous voici à la ‘‘maison’’ supposée de Samory. Un vestige de ce qui fut certainement une bâtisse imposante par le passé. Notre guide, Touré, nous confie à un autre Touré, mais plus âgé. Un septuagénaire, fin connaisseur de l’histoire de la ‘‘maison’’ dite de Samory. D’autant plus que le bijoutier est l’un des descendants de son bâtisseur. L’illustre Abakary Touré, riche commerçant de la ville de Bondoukou.

Le vieil homme nous apprend que la maison en ruine fut bâtie par des maçons venus de Djenné, une ville du Mali, en 1800. Ils étaient employés par son grand-père, l’unique propriétaire. Alors, d’où vient la légende qui l’attribue à Samory, encore un autre Touré ?

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Sur les vestiges de la maison de Samory (l’arrière) / Abou Kam – Libre Tribune

Selon notre interlocuteur, l’Almamy Samory Touré dans sa conquête de territoires en vue d’étendre son empire – le Wassoulou – est arrivé aux portes de la ville Bondoukou, située à 416 km d’Abidjan, au nord-est de la Côte d’Ivoire. Promptement, les guerriers de la localité lui opposèrent une résistance, avec une condition pour entrer dans la ville de Bondoukou : faire serment sur le coran qu’il ne s’en prendrait pas à la ville s’il était accueilli. Un pacte de non-agression que l’Almamy refusa. Il fut obligé à rebrousser chemin. Pour le vieux, cette histoire de ‘‘maison’’ de Samory tient de la légende car le conquérant islamiste n’a jamais séjourné à Bondoukou, a fortiori, franchi le seuil de l’édifice bâti par son grand-père.

En tout état de cause, les restes de ce qui fut à l’époque un beau bâtiment attirent de nombreux visiteurs. Pour notre part, la ‘‘maison’’ de Samory est un site touristique que nous avons découvert avec émerveillement, pour son histoire et son architecture de type sahélien. Elle mérite une tout autre attention de la part des autorités en charge de la culture et du tourisme de la ville de Bondoukou.

Après avoir remercié le vieil homme bijoutier, descendant de feu Abakary Touré, riche commerçant et bâtisseur, nous nous dirigeons vers un autre édifice : la villa du gouverneur Binger. Notre guide prend congé de nous. Il observe le jeûne musulman, la marche sous ce soleil d’aplomb n’est pas un exercice aisé pour lui. Nous devons donc trouver notre chemin tous seuls par renseignements. De tâtonnements en tâtonnements, nous finissons par y arriver.

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Le séjour du gouverneur Binger / Abou Kam – Libre Tribune

Elle est là, en face de nous : la demeure de Louis Gustave Binger, au quartier Donzosso de Bondoukou. L’explorateur français, gouverneur de 1893 à 1895, aurait séjourné trois mois durant dans cette maison devenue, elle aussi, un tas de ruines. La maison-vestige, faite de briques en terre, sans toit ni porte, a été lessivée par la pluie. Elle résiste malgré tout et semble solide.

Une sexagénaire nous laisse l’accès de ce qui représente une sorte de cuisine pour elle. Sur le foyer, constitué de trois morceaux de briques, érigé en son enceinte, de l’eau bouillante.  À côté, on peut voir un poulailler. Satisfaits d’avoir découvert un pan de l’histoire de la Côte d’Ivoire à travers cette maison, nous quittons le domicile des Ouattara, dont le patriarche est feu Sitafa Ouattara.

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Plan large de la villa de Binger / Jeff Amann- Libre Tribune

Notre prochain objet de curiosité : la première case de Bondoukou. Mais la fatigue se fait de plus en plus pesante. Il faut rentrer pour reprendre des forces et se reposer. Notre mission première,  une formation aux métiers du web et du numérique à l’endroit des populations, nécessite de l’énergie et un minimum de préparation. Une pause s’impose à nous ! On se fait donc raconter l’histoire de cette case aussi vieille que la ville de Bondoukou.

Selon la légende, Taki Adreré, fondateur de la ville de Bondoukou suite à son installation en ces lieux, reçût la visite des Malinkés ainsi que des Nafanas. Ceux-ci demandèrent asile auprès du chasseur et à sa famille. L’homme, altruiste et hospitalier, n’y trouva aucune objection. En réponse à leur requête, il les invita à demeurer avec lui, dans la case qu’il a construite, en leur disant : « Gontou go », qui signifie « le bonheur est pour bientôt » ou encore « il y a de l’avenir », en langue Koulango. Aujourd’hui, cette case, qui ne se visite que le 25 décembre à l’occasion de la fiago – feu de brousse –, fait partie des sites les plus visités de la ville de Bondoukou, fondée aux alentours du 15e siècle.

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Première case de Bondoukou / Brice Jaures – Libre Tribune

Le lendemain de cette aventure colorée, cap fut mis sur Soko, en périphérie de Bondoukou, à la découverte des singes qui cohabitent avec les hommes.

A lire aussi : Vidéo : à la découverte de Soko, le village ivoirien des singes

 

*D’après le RGPH 2014, le recensement général de la population et de l’habitat de 2014.

*Samory Touré fut le fondateur de l’empire Wassoulou, il résista à la pénétration et à la colonisation française en Afrique de l’Ouest.

*Louis-Gustave Binger était un officier, explorateur de l’Afrique de l’Ouest et administrateur colonial français.

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