Histoires de maracana, à la faveur de la Mara’CAN2019

Article : Histoires de maracana, à la faveur de la Mara’CAN2019
26 septembre 2019

Histoires de maracana, à la faveur de la Mara’CAN2019

L’ombre de la Côte d’Ivoire plane sur le maracana, ce sport peu connu du grand public dont les ivoiriens sont les pionniers. Voici la petite histoire de ce football qui n’en est pas un, avec Eba Emmanuel, ivoirien, membre de la Fédération Ivoirienne de Maracana. Mais aussi mes souvenirs de maracanier, à mes années de Lycée.

Rue 38, commune de Treichville. Un calme plat règne dans le grand et célèbre immeuble Nanan Yamousso. Un escalier serpenté donne accès au vestibule. Là, un macaron orange-blanc-vert, serti d’un ballon rond, annonce les couleurs de la Fédération Ivoirienne de Maracana et Disciplines associées (Fimada). Nous sommes à la veille de la 8e édition de la Coupe d’Afrique des Nations (Mara’CAN 2019) en Guinée, et les sélections nationales Seniors et Super Seniors de maracana de Côte d’Ivoire y participent.

Une porte s’ouvre. Un homme se présente, indolent et au visage endormi. Dans l’attente, il a dû faire un somme. Normal. Il est 14 heures, et l’homme est seul dans ces locaux chambré à l’air conditionné. Mais son esprit est tout entier tourné vers Conakry et reste suffisamment vif pour tomber le voile sur maracana et sa pratique en terre ivoirienne.

« Le maracana est un sport qui se pratique sur un espace et en nombre réduits. Six joueurs de champ et quatre remplaçants pour un effectif total de dix athlètes par équipe. Ils s’affrontent sur un terrain de handball pendant deux fois dix minutes, la durée d’un match officiel de maracana », explique Emmanuel Eba, trésorier général Adjoint de la Fimada.

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Eba Emmanuel, trésorier général adjoint de la Fimada / Jeff Amann – Libre Tribune

Emmanuel a découvert le maracana à la Terrasse de St André, dans la commune Yopougon, en 1997. Depuis, il y a joué en tant qu’athlète. Aujourd’hui, c’est comme entraîneur du Ouhéri Maracana Club, son club, qu’il officie. Mais l’histoire du maracana remonte quant à elle aux années soixante. Elle est partie d’un fait anodin. Emmanuel Eba nous la raconte.

« Le maracana est né au campus, avec les étudiants. Dans les années soixante, le président Félix Houphouët-Boigny offrait des voyages sous forme de bourses aux étudiants les plus brillants. C’est au cours de l’un de ces voyages de vacances au Brésil que les étudiants ont vu ce curieux football se pratiquer sur les plages, en nombre réduit. Mais sans que cela ne s’appelle maracana. De retour en Côte d’Ivoire, ils ont initié ce sport sur le campus, avec pour nom de baptême le « maracana », en référence au mythique stade de football de Rio de Janeiro, le pays de provenance et d’inspiration de cette variante du football », relate le permanent du siège fédéral, décrit comme un sachant par ses pairs.

L’étonnement est palpable, les questions fusent. Mais le maracanier, serein, martèle : « Oui, au niveau mondial, la Côte d’Ivoire a inventé le maracana ! », affirme-t-il, péremptoire. L’ombre de la Côte d’Ivoire qui plane sur le maracana n’est donc pas fortuite.

Le trophée de la catégorie Séniors (35 à 45 ans) est la chasse gardée des athlètes ivoiriens depuis la première édition de la Mara’CAN organisée par la Côte d’Ivoire dans la ville de Yamoussoukro en 2012. Au niveau des super Séniors (45 ans et plus), cinq trophées sur les sept ont été remportés par les ivoiriens.

En Côte d’Ivoire, un championnat et une coupe font chaque année se rencontrer près de 200 clubs associés à travers vingt-sept ligues sur l’étendue du territoire. Il enregistre, en plus des Séniors et Super Séniors, la catégorie des Juniors et des dames depuis deux ans.

En 2018, le président de la Fimada Charlemagne Bleu, a reçu le Prix d’excellence du meilleur dirigeant sportif ivoirien. Commissaire de police, il est par ailleurs depuis 2015 le président de la Fédération Internationale de Maracana Associations (FIMAA). Deux ans après, un accord de siège  a été signé par l’Etat ivoirien. La Côte d’Ivoire devient ainsi le premier pays africain à abriter une instance internationale de sport.

Axé sur les valeurs d’amitié, de fraternité et de convivialité, le maracana est pratiqué par des maracaniers d’horizons divers, sans distinction sociale. Patrons et employés se côtoient sur le terrain, cadres et agents de maîtrise, travailleurs ou pas, se passent le ballon dans ce jeu où le fair-play est la règle. Et à défaut d’un terrain réglementaire d’handball, jeunes et vieux, amoureux de maracana, jouent à chaque coin de rue pour le plaisir du ballon rond.

Le Maracana et mes années Lycée

La Maracana, aussi loin que remonte mes souvenirs d’adolescent, était un sport très pratiqué au lycée. A la faveur de l’internat qui réunissait par sa politique les meilleurs élèves, les weed-ends étaient des jours de sport au lycée Moderne Daoukro (LMD).

Le LMD, actuel Lycéé Henri Konan Bédié de Daoukro, avait le chic de disposer d’un grand complexe sportif. Un grand terrain de football avec une piste d’athlétisme ; deux terrains de basketball ; deux terrain de volleyball et deux terrains d’handball. Du pain béni pour entretenir par le sport, nos silhouettes déjà sveltes mais sous la pression des études. L’excellence étant la règle dans cette ville de président (Henri Konan Bédié) !

Les élèves studieux que nous étions, seuls les samedis étaient mis à profit pour évacuer le stress. Le moyen tout trouvé était le Maracana. Le matin pour les lèves-tôt, les soirs pour les plus flemmards.

Matinal que je suis, les séances de six heures étaient mes préférées. Avant le petit déjeuner prévu pour sept heures au réfectoire de l’internat, les joueurs ralliaient les deux terrains de handball pour quarante minutes de mise en forme.

Le détenteur des ballons et du sifflet à la responsabilité de réveiller les maracaniers. Dès l’aube, il se positionne entre les deux bâtiments, le bloc A et le bloc D, et siffle de toutes ses forces au moins cinq bonne fois. Sans se faire prier, les joueurs affluent vers les terrains. Car la règle est simple : premier arrivé, premier servi.

Pour deux terrains de disponible et six joueurs de champ par équipe, le compte est vite bon. Personne ne veut sortir de son lit moelleux pour rien. Alors chacun sait faire vite, chacun se dépêche pour une quarantaine bonne minutes de transpiration.

Une coupe Inter-cellule avait été instaurée, question de permettre à plus de maracaniers de participer aux séances de jeu, avec en point d’honneur l’engouement. Un bloc ou dortoir compte treize cellules, chaque cellule accueille à l’ouverture de l’internat, huit élèves. Calcul fait, vous pouvez deviner les enjeux et l’ambiance folle autour de cette compétition.

Ces moments sont aujourd’hui de lointains souvenirs mais demeure l’un des instants les plus fun, de notre petite vie. Une époque de pur bonheur, ces années 90 !

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Mara Can 2019 à Conakry/ Mondoblog – Libre Tribune
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