Regard des jeunes sur la gestion ivoirienne du coronavirus

Article : Regard des jeunes sur la gestion ivoirienne du coronavirus
18 mai 2020

Regard des jeunes sur la gestion ivoirienne du coronavirus

« Regard des jeunes sur la gestion du coronavirus et son impact sur les ménages et l’activité économique ». C’est le thème qui a orienté jeudi au cours d’un atelier en ligne, l’analyse des jeunes sur la gestion la crise sanitaire de la maladie à coronavirus (Covid-19), et de ses répercutions sociales et économiques sur les populations ivoiriennes.

Initiative de la Fondation Rosa Luxembourg, l’atelier virtuel de la fondation politique allemande a mobilisé une trentaine de leaders issus de la jeunesse et des jeunes entrepreneurs, majoritairement très critique de l’action gouvernementale contre la pandémie à coronavirus. Parfois jugée tardive, insuffisante  ou inappropriée par les trois panélistes : Marie Paule Okri, agricultrice et présidente de l’ONG We for her ; Samuel Sevi, inventeur, Co-fondateur la PME agricole SIVE-CI et Gnamien Attoubré, directeur exécutif de la Ligue panafricaine pour l’éveil des consciences (Lipec).

Dans les discussions modérées par Acquilas Yao, « Manque d’anticipation », « Confinement raté », « Tâtonnement », « Rétropédalage » « Manque de communication » …, sont les mots clés du regard presque unanime porté par les jeunes, participants à l’atelier, sur la gestion de la crise sanitaire de la maladie coronavirus.

Très critique de l’action gouvernementale, ils relèvent un laxisme au départ de la crise qui s’est traduit par « une absence de contrôle à l’aéroport d’Abidjan » et la quatorzaine manqué au mois de mars. Des griefs déjà connus, ayant fait objet d’épilogue dans les médias avant l’annonce par le gouvernement du Plan de soutien économique, social et humanitaire (PSESH), sous fond d’état d’urgence et de couvre-feu.  

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Evalué à 1 700 milliards de FCFA (Soit l’équivalent de 5% du PIB), ce plan a pour double objectif d’atténuer l’impact de la pandémie sur les acteurs économiques des secteurs formel et informel et les populations, et préparer une reprise des activités à la fin de la pandémie.

Le déploiement du volet social du Plan de riposte qui cible les couches les plus vulnérables de la population est jugé tardif, insuffisant et non inclusif par les panélistes.

Il a eu dans la gestion de cette crise selon Gnamien Attoubré, « au-delà du manque d’anticipation, un problème d’élaboration de plan en amont afin de maîtriser les effets collatéraux des mesures drastiques à mettre en place ». Notamment la fermeture des établissements touristiques, de loisirs et de restauration et l’isolement du Grand Abidjan, épicentre de la maladie à 98 % des cas confirmés.

Si par ailleurs, le jeune leader convoque la problématique de la traçabilité et de la redevabilité, Samuel Sevi lui, s’interroge sur les mécanismes de stabilisation des PME pendant la crise et la possibilité de mobilisation de fonds pour le redémarrage et la pérennisation de leurs activités. Face à des « mesures qui ont certes un côté positif, mais ne touchent pas tout le monde. Lorsque vous gouvernez un pays, que vous connaissez les réalités internes de vos concitoyens, à un moment, il faut savoir où sont les priorités ». Référence faite aux populations ivoiriennes majoritairement enclines à la précarité de l’emploi et donc à la paupérisation.

« Chaque pays, en tant que Etat souverain,  doit pouvoir retracer les lignes de son économie pour se relancer, afin de ne pas subir la crise économique qui arrive », préconise le jeune entrepreneur.

Marie Paule Okri, la voix féminine du panel, pointe pour sa part les répercussions de la crise sur l’agriculture rurale et l’industrie agroalimentaire. Elle note une baisse de la production agricole, la chute des coûts des matières premières et la flambée des produits halieutiques à l’intérieur du pays. Concernant l’agroalimentaire, elle appelle à une production nationale de certains intrants, qui rendent la Côte d’Ivoire fortement tributaire de l’extérieur, néfaste à l’économie en ces temps de crise.

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A la déconstruction des analyses, les questions indexées font parties des axes structurants du plan de riposte gouvernementale que certains observateurs qualifie d’ « ambitieux et porteur ». Toutefois, cette action publique nécessite beaucoup plus de lisibilité pour les citoyens qui ploient déjà sous le poids des contingences immédiates de la crise sanitaire de la maladie à coronavirus.

D’où cette ultime recommandation des participants, la priorisation de l’économie locale et la gestion participative de la crise afin de faciliter l’adhésion des populations aux mesures de prévention.

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